Partager l'article ! Chapitre 31: POV Matt Allongé sur mon lit, la tête confortablement enfouie dans les oreillers, MP3 et le dernier tub ...
POV Matt
Allongé sur mon lit, la tête confortablement enfouie dans les oreillers, MP3 et le dernier tube de Muse branché au volume maximal dans les oreilles, j’essayai de me détendre. Mais comment était-ce possible alors que je n’arrivais pas à comprendre la réaction de Benjamin ? Je me questionnai tout en regardant le plafond. Fissuré et jauni par les années, l’idée de le repeindre me traversa l’esprit avant que je reprenne le fil de mes réflexions.
Il n’était pas rare que mes avis divergent de ceux de mon frère sur un même sujet, entrainant parfois de longs débats, mais aujourd’hui je ne parvenais pas à trouver les mots, ni la bonne conduite à adopter pour le réconforter, pour l’aider à y voir plus clair dans ses sentiments. Même Maëlyne, dont la présence suffisait habituellement à rendre Benjamin de bonne humeur, ne parvenait pas à le faire sourire, ni à le sortir de ses noires pensées. Les doutes, concernant la sincérité des sentiments de mon frère à son égard, commençaient d’ailleurs à naître dans son esprit. A plusieurs reprises, je l’avais rassurée, séchant ses larmes, en lui expliquant que nous avions eu des révélations sur la vie de notre mère et que si j’arrivais à faire bonne figure, Benjamin exprimait plus difficilement ses sentiments et gardait pour lui ses souffrances.
*Même à son frère il n’ouvre pas son cœur… Il va mal et je reste impuissant face à ça* Pensai-je tristement.
Et si mon jumeau se sentait mal, j’allais mal également. Ce lien spécial qui nous unissait n’avait rien de légendaire… Plus encore que notre lien de loups.
Comment lui dire, sans le vexer, que Maman avait droit à une chance à la vue des épreuves qu’elle avait subies pour nous sauver ? Comment lui expliquer que depuis l’instant où j’avais compris qu’elle était « en vie », je voulais la rencontrer, apprendre à la connaitre, lui dire combien elle me manquait ? Je n’y arrivais pas… Mes pensées restaient bloquées dans ma tête et il m’était impossible de les verbaliser. Depuis une semaine j’esquivais ce genre de discussion et le fossé continuait de s’agrandir entre nous. Je détestais ça !
Les aiguilles défilèrent pendant une longue demi-heure sur l’horloge pendue à mon mur, pourtant Benji ne faisait toujours pas mine de rentrer à la maison. Il pleuvait à verse. Mon frère devait être trempé et bien qu’il ne puisse pas tomber malade aussi facilement qu’un humain ordinaire, je commençais à m’inquiéter. Je savais cependant qu’il était toujours dans la cour, sans doute assis sur le capot de la voiture, puisque son odeur remontait jusqu'à ma chambre par la fenêtre que j’avais pris soin de laisser ouverte. Mon odorat, hyper développé depuis ma mutation, me permettait de le surveiller ainsi sans qu’il se sente oppressé par ma présence…
La musique dans mes écouteurs, couvrit partiellement le ronronnement du moteur de la voiture qui se gara devant la maison, mais les vibrations que je ressentis n’étaient pas celles l’Audi de papa.
*Encore un vendeur de tapis* pensai-je sans bouger de mon lit.
Pourtant quand l’odeur, qui montait de la cour, arriva à mes narines quelques secondes plus tard, je bondis, envoyant valser contre le mur le MP3 et le livre que j’avais ouvert quelques minutes plus tôt. Sortant en trombe sur le balcon, je sautai sur la rambarde et m’y installai en équilibre pour observer, soucieux, la scène qui se déroulait sous mes pieds.
Une silhouette, encapuchonnée et habillée d’une grande cape noire aux liserés argentés, se tenait à coté d’une Porsch bleu turquoise rutilante et je devinai sans mal son identité… Maman… Benji avait bien sur lui aussi reconnu notre visiteuse et se tenait face à elle, une vingtaine de mètres les séparant néanmoins. Ses poings serrés contre ses cuisses me firent comprendre qu’il tentait par tous les moyens de garder son sang froid. Je regrettai à cet instant de ne pas être sous ma forme lupine, pour pouvoir communiquer avec mon frère, et ainsi l’aider à ne pas céder à la colère en l’incitant au calme. Pourtant, je restai totalement impuissant du haut de mon perchoir, m’apprêtant simplement à bondir pour l’arrêter s’il décidait subitement d’attaquer. Mais il n’en fit rien, restant immobile à la dévisager. Elle abaissa alors sa capuche et ses cheveux longs bruns, retenu par un serre-tête aux motifs de lierre cuivré, se mirent à virevolter dans le vent d’ouest qui venait de remplacer la pluie.
- Bonjour… Dit-elle d’une voix mélodieuse que jamais je n’aurai pu lui imaginer.
- Papa disait que tu ne pourrais pas venir avant longtemps ! Dis-je après avoir sauté dans la cour comme Benji ne disait rien.
Tout en parlant je m’approchai… Un peu trop sans doute car elle recula comme un animal apeuré. Je stoppai aussitôt mes pas et levai lentement les mains pour lui faire comprendre que mon attitude n’avait rien d’agressive.
- Je suis content qu’il se soit trompé !
Elle sembla rassurée par ma dernière phrase, mais garda cependant une certaine distance de sécurité.
-Il t’a pourtant dit la vérité. Je n’avais pas l’intention de revenir aussi rapidement mais j’ai besoin de lui parler… Et de vous voir, avoua-t-elle en détournant les yeux quelques instants. Tu es Mattéo ? Excuse-moi, mais je ne saurai pas vous différencier… Vous vous ressemblez tellement et j’ai si peu de souvenirs…
Quel idiot ! Au lieu de faire les présentations d’usages, nécessaire à ce genre de rencontre exceptionnelle, je l’avais effrayée et mise mal à l’aise.
*Bravo Matt, tu ne pouvais pas être plus accueillant !*
Comment aurait-elle pu deviner lequel des jumeaux se tenait devant ses yeux ? Même papa, qui nous voyait tous les jours depuis dix huit ans, n’y parvenait pas toujours, alors pour maman, c’était tout à fait impossible. Pour ma défense, j’aurais pu argumenter en prétextant que ma joie de la revoir était si forte, que j’en avais oublié mes bonnes manières, mais j’avais simplement fait preuve de stupidité.
- Oh oui pardon. Je suis bien Matt et le poussin trempé derrière moi, c’est Benjamin. Benji pour les intimes. Dis-je en désignant mon frère d’un hochement de menton avant de poursuivre. Il parait un peu austère au premier abord mais en réalité il est plutôt jovial… Je ne sais pas quelle mouche l’a piqué ! Insistai-je en faisant les gros yeux à mon frère.
J’espérai qu’il comprendrait mon insinuation et qu’il sortirait un peu de son mutisme. Notre mère, que nous avions crue morte pendant tout ce temps, se tenait juste devant nous et il restait de marbre… Qu’il ait pu croire que papa se soit trompé et qu’elle ait pu être une véritable vampire sanguinaire sans cœur et sans pitié ne me choquait pas, mais là, de nous trois c’était elle qui était la plus effrayée. A l’évidence notre père avait dit vrai ! La preuve, ses yeux ambrés ne ressemblaient en rien à ceux, pourpres, des sangsues que nous avions pu croiser depuis notre première mutation.
- Tu sais parfaitement ce que j’ai ne fais pas l’innocent ! Me dit-il en s’énervant. C’est au dessus de mes forces, je ne peux pas.
Il commença à remonter les marches vers la maison et comme nous le regardâmes interdits avec maman, il crut bon de préciser :
- Je vais me changer, je suis trempé !
Pourtant, dans les secondes qui suivirent sa disparition de notre champ de vision, un énorme bruit sourd puis de plâtre qui s’effrite et tombe au sol, nous parvint.
- Aie… Papa va encore devoir refaire un mur, lançai-je à moitié amusé par la réaction de mon frère. Quelle violence.
Maman, elle, ne riait pas du tout… Son visage, encore plus triste et cerné qu’à son arrivée, me brisait le cœur. L’attitude distante de son second fils devait la rendre particulièrement triste, elle qui avait fait tant d’efforts pour nous sauver. Peut être s’attendait-elle à plus de gratitude ? Cela aurait été tout à fait légitime, pourtant je n’arrivais pas à blâmer mon frère. Nous traquions les vampires depuis plus de deux ans, leur vouant une haine viscérale ! Annihiler ce sentiment, même pour celle qui nous avait mis au monde n’était pas chose facile. Encore moins pour lui dont le caractère restait entier en tout circonstance.
- Benjamin a un sacré tempérament et il n’arrive pas vraiment à se positionner entre son rôle de loup et son devoir de fils… Avouai-je d’une voix calme.
- Comment lui en vouloir ? Je suis l’une de ces créatures dont vous avez la charge de détruire. Un vampire.
- Tu restes notre mère avant tout…
Benji ressortit sur le balcon et sans nous accorder un regard, ni même une parole, il muta. Le gigantesque loup blanc s’élança alors à travers champs pour rejoindre l’ombre protectrice des arbres de la forêt voisine.
- A plus tard mon frère ! Lançai-je dans le vent avec une pointe de regret.
Maman ne disait rien, mais sembla se questionner intérieurement pendant plusieurs secondes. Ses yeux ambrés allaient et venaient entre moi et la maison. J’aurai aimé pouvoir lire dans ses pensées pour en connaitre les moindres détails. Se remémorait-elle ses souvenirs ici, ceux de notre naissance ? Se questionnait-elle sur la manière d’agir avec Benji ? Tandis que je cherchai des mots pour briser le silence, sans avoir l’air passablement ridicule avec des banalités, elle reprit la parole.
- Je vous aime. Vous avez toujours été dans mon cœur, mais je n’aurai pas dû revenir, c’était une erreur.
- Non ! Criai-je en me précipitant pour retenir la portière de la Porsch qu’elle avait déjà ouverte pour s’installer derrière le volant. Reste ! Fais-moi confiance, je sais qu’il changera d’avis et qu’il reviendra. Ne pars pas, pas maintenant, sinon tu ne reviendras jamais ! Tu partiras pour de vrai… N’abandonne pas…
Mes paroles venaient plus du cœur que de la raison mais je n’avais pu les retenir. La peur de la voir partir avant même de la connaitre me submergeait. J’ignorais tout de sa vie, sauf ce qu’avait pu m’en dire mon père, mais je ne pouvais pas la laisser partir, pas comme ça.
- J’ai besoin de toi maman ! Avouai-je honteux en regardant mes pieds. Benji aussi même s’il ne s’en rend pas encore compte.
Je jouais avec ses sentiments pour la forcer à rester, attitude peu fair play, mais ce fut la seule chose qui me vint à l’esprit. Et puis papa nous en voudrait énormément si, par notre faute, elle lui échappait à tout jamais. Il me fallait donc tout tenter pour la retenir. Mes paroles eurent le bénéfice de la faire douter et par chance mon père arriva au moment où j’allais flancher, faute d’argument. Dans un dérapage bruyant dans les graviers, il gara son Audi quand il remarqua que je n’étais pas seul…
- Tu n’allais quand même t’en aller sans m’avoir dis bonjour ? Demanda-t-il tout sourire à l’intention de maman quand il remarqua qu’elle s’apprêtait à repartir. Comme toujours il avait l’œil et il ne lui avait pas fallu plus d’une minute pour comprendre la situation dans laquelle nous nous trouvions et il tentait d’arranger les choses avec dérision.
- Si… Ma place n’est pas ici Léo, j’aurai dû rester à Culdaff.
- Matt que s’est-il passé ? Me demanda-t-il sans me regarder, son regard toujours fixé sur maman.
- Ben… Il a muté et s’est enfui.
- Vraiment étonnant de la part de ton frère… Va le chercher s’il te plaît mon fils. Il doit se morfondre tout seul dans son coin, à ressasser ses mauvaises pensées.
Sans attendre qu’il me pousse davantage, je mutai et partis sur les traces de mon frère. Sa piste récente ne fut pas difficile à suivre, et je le retrouvai après seulement quelques minutes de course. Allongé sur le flanc, le museau contre la poitrine et ses pattes avant recouvrant ses yeux, il ressemblait à un chiot endormi.
* Laisse-moi tranquille Matt… J’ai besoin d’être un peu seul*
* Fuir n’est pas la solution et tu le sais parfaitement ! Pourquoi te torturer ainsi alors que la solution est toute simple ? *
*Je n’ai jamais aimé la facilité, tu le sais bien mon frère*
* Enfin une plaisanterie, j’ai bien cru ne jamais plus en entendre sortir de ta bouche ou de tes pensées*
Je m’approchai alors et lui fis une grosse léchouille sur la joue. Il se redressa aussitôt en me grognant dessus.
*Roooo t’es vraiment dégueu !!! Et alors c’est quoi ta solution simplissime !*
* L’accepter ! Ne pas décamper comme tu viens de le faire mais apprendre à la connaitre. Ok c’est une vampire ! Ok elle a sans doute tué des humains avant de devenir mangeuse de lapins ! Je sais tout ça, mais tu l’as vue aussi bien que moi, elle était apeurée par cette rencontre et par nous. Maman n’est pas mauvaise Benji, elle n’a rien d’hostile*
*Je sais… et ça me perturbe encore plus ! Elle ne ressemble absolument pas à l’image que j’en avais.*
*Comment est-ce que tu l’imaginais ?*
* Comme tous les autres… Comme celle que nous avons pu voir quelques secondes avant qu’elle disparaisse… Froide, sans peur et cruelle, avec un sourire sadique sur des lèvres encore ensanglantées et un rire terrifiant… Mais au contraire elle parait timide et douce avec ses yeux dorés. Je me sens vraiment idiot*
* Elle a bien failli partir en te voyant réagir de la sorte, heureusement papa a réussi à la retenir, ils doivent nous attendre d’ailleurs… Tu te sens prêt pour y retourner ?*
*Je n’ai pas vraiment le choix ! Tu ne me laisseras pas tranquille ici je le crains*
* En effet…*
Nous marchâmes doucement sur le chemin de la maison, permettant ainsi à Benji de se préparer psychologiquement pour la rencontre… Il semblait beaucoup plus calme et détendu quand nous mutâmes et arrivâmes dans la cour, pourtant je restais anxieux quand à sa réaction.
Les paroles de nos parents nous arrivèrent, portées par le vent, alors que nous nous approchions.
- Je veux tout lui dire avant le mariage, il doit savoir !
- Et Bella ?
- Non, elle ne doit jamais l’apprendre… Pour Renée et Charlie, il faut que nous gardions le secret. Tu m’accompagneras ?
- Non… Jamais je n’y retournerai Fanely, jamais !
Maman sembla déçue par sa réponse mais ne broncha pas.
Tandis que j’approchai en silence, Benji, lui, mit les pieds dans le plat.
- Retourner où ? Demanda-t-il le plus naturellement du monde.
Papa soupira et lui répondit :
- A Forks. Votre sœur va se marier avec l’un de ces vampires végétariens dont je vous ai déjà parlé. Inutile de protester, grogner ou autre, j’ai déjà tourné la question dans tous les sens et il n’y a pas de solutions ! NOUS DEVONS L’ACCEPTER !
Il avait appuyé sur ces derniers mots alors que j’allais protester et que Benji se recroquevillait sur lui-même en grognant.
- Bella sait parfaitement les risques qu’elle encourt et nous ne devons pas intervenir. Toute cette histoire ne me plaît pas plus qu’à vous mais nous n’avons pas le choix. Elle aime ce… ce garçon alors que nous ne sommes rien pour elle, si ce n’est des étrangers. Ne m’obligez pas à utiliser la voix d’alpha pour vous contraindre au calme !
Un cauchemar… Aucun autre mot ne pouvait venir illustrer mon état d’esprit. Je vivais un mauvais rêve éveillé en entendant les paroles de notre père. Une mère vampire… Une sœur qui s’apprêtait à la devenir… Qu’allait-on nous annoncer ensuite ? Moi, habituellement calme, je sentais la colère monter insidieusement au fond de moi. N’étions-nous donc que des pantins ?
- Matt ! Je sais que ce que je vous demande vous paraît contraire à tout ce que j’ai pu vous enseigner depuis votre mutation, mais il s’agit là de votre sœur. Te sentirais-tu capable d’anéantir son bonheur simplement par instinct de protection ?
- Et toi aussi maman tu acceptes ça ? Qu’elle devienne un vampire ?
- Oui… Parce qu’on m’a volé ma vie il y a dix huit ans, en m’arrachant à l’homme que j’aimais et à mes enfants. Je ne souhaite ça à personne et encore moins à ma fille. Je sais qu’avec les Cullen, elle aura l’éducation nécessaire pour résister au sang humain et jamais elle ne sera une meurtrière.
Cette fois je devais capituler. Que dire de plus face à tous ces arguments ? Je me mis à regarder mon frère et constatai que toute colère avait disparu des traits de son visage. Serait-il d’accord avec les idées saugrenues de nos parents ? Même si nous ne pouvions rien dire, ne s’opposait-il pas silencieusement à tout ça ?
- Je vais néanmoins aller rencontrer Edward, continua maman. Il faut qu’il sache la vérité sur les origines de votre sœur et je me ferai ainsi une meilleure idée à son sujet.
Un silence pesant s’installa seulement perturbé par les cris des oiseaux de nuit qui se réveillaient tandis que le ciel prenait sa teinte nocturne. Nous fûmes donc tous les trois surpris quand Benji prit la parole.
- Papa a promis de ne pas retourner là-bas… Mais moi je n’ai fait aucune promesse. Je veux t’accompagner.
Je vis un petit sourire naître sur les lèvres de notre mère alors qu’elle entendait les paroles de mon frère. Et ma décision fut prise en l’espace d’une seconde, inutile de réfléchir plus longtemps.
- Je ne te laisserai jamais y aller tout seul mon frère, je suis aussi du voyage !
De la folie… Une inimaginable folie ! Dans quelle aventure m’étais-je donc embarqué ?