Partager l'article ! Chapitre 22: Avant de regarder les clichés, même si l’impatience me dévorait, je sautai au cou de Démétri, qui fut plus que surpris par ce ...
Avant de regarder les clichés, même si l’impatience me dévorait, je sautai au cou de Démétri, qui fut plus que surpris par cet élan d’affection de ma part, lui, que je repoussais habituellement au moindre contact.
- Merci ! Merci beaucoup, c’est un magnifique cadeau.
- De rien. Mais c’est Marcus que tu devrais remercier, c’est lui qui est à l’origine de cette idée, je ne suis que le photographe.
Avec nettement plus de retenue, je gratifiai mon créateur de mon plus beau sourire et d’un modeste merci remplit de gratitude. Souhaitant sans doute me laisser un peu d’intimité avec moi-même, les deux vampires quittèrent la pièce avec toute la grâce qui leur était le propre de notre espèce. Une fois la porte refermée, je me précipitai sur le lit où j’avais laissé le fabuleux trésor.
Sur la première photo, je reconnus Bella, avec sa peau claire et ses cheveux bruns coiffés en deux couettes de chaque coté de la tête. Le haut du visage et ses yeux chocolat étaient les miens, j’avais l’impression de me revoir enfant, pourtant ce petit nez et ce sourire malicieux me rappelaient celui de Léo. Ma fille était habillée en tutu et prenait la pose telle une ballerine, sans doute était elle inscrite à un cours de danse avec ses amies. Déposant, presque à regret, la photo sur l’oreiller, je passai à la seconde et à la troisième. J’alternai entre les deux cherchant à identifier lequel des deux garçons était Mattéo et lequel était Benjamin… Je ne gardais que peu de souvenirs de mes jumeaux, je ne les avais pas connu assez longtemps pour pouvoir les différencier facilement. Heureusement, Démétri avait eu la gentillesse de marquer les prénoms au dos des photos. Tous les deux avaient la peau très matte, d’un brun doré et les yeux bleus, comme leur père. Je ne distinguais que peu de moi dans leurs visages, excepté les fossettes sur leurs joues qui étaient les miennes. Mattéo avait les mains pleines de peinture et riait, l’air ravi en les montrant fièrement. La troisième photo, montrait Benjamin faisant de la trottinette dans la cour de l’école, souriant lui aussi.
Quel merveilleux cadeau ! Mes enfants étaient en bonne santé et pour ce que j’en voyais, ils semblaient heureux malgré mon absence. Soudain, je fus prise de gros doutes. Et si Léo m’avait remplacé, et si mes triplés l’appelaient « maman »… Non… Pourtant, je ne pouvais leur en vouloir, à leurs yeux j’étais morte depuis quatre ans. Cette idée m’était pourtant insupportable ! Il fallait donc que je m’en assure par moi-même, à distance, sans pour autant rentrer dans leurs vies, devenir un observateur. Mais pour cela, je devais pouvoir me contrôler pour ne pas risquer de les dévorer, et mon don serait très utile, pour les approcher sans me faire voir. Il me faudrait m’armer de patience, je savais parfaitement que j’en étais incapable pour le moment. Ma décision était prise, et j’allais commencer l’entrainement que me proposaient Marcus et Démétri immédiatement !
La première étape, je me la fixais moi-même : m’accepter en tant que vampire ! Cela passait par la salle de bain et le miroir que j’évitais depuis ma transformation. Inspirant profondément, je me levai du lit et me dirigeai vers la petite pièce voisine. En approchant du lavabo, je fermai les yeux pour ne les rouvrir qu’une minute plus tard, une fois que je me sentis prête à affronter mon reflet… En me découvrant j’eus un mouvement de recul, est-ce vraiment moi ? Pour m’en assurer, je me touchai la joue et constatant que la jeune femme dans le miroir m’imitait, j’en eu la confirmation. Jamais je ne m’étais trouvé aussi jolie, malgré ma peau, sans imperfection, blême tel le marbre et mes yeux aux pupilles rubis écarlate. Soulevant mon tee-shirt, je constatai que la cicatrice de ma césarienne avait disparue, ainsi que celle à la base de mon cou, qui m’avait marqué lors de mon accident avec Hélios. Ma poitrine, ma taille, mes jambes, jusqu'à mes pieds étaient sans défaut, parfaits. J’aimais assez ce que me renvoyait le miroir au final… J’imaginais que mon visage et mon corps seraient difformes suite à l’accident, mais au contraire mes traits avaient embellis.
Fière de moi, et de cette première étape réussie je laissai glisser mes vieux vêtements sur le sol pour entrer dans la baignoire nacrée que j’avais pris soins de remplir d’eau chaude et de bain moussant avant d’affronter le miroir. M’allongeant entièrement, mes muscles se détendirent et mes pensées s’évadèrent… N’en ressortant que quand la peau de mes doigts se mit à friper, je pris mon baluchon et enfilai un chemisier blanc, un jean bleu foncé et une paire de Kickers. Prenant ensuite grand soins de mes cheveux, qui tombaient le long de mes hanches, les coiffants en chignon lâche, je laissai de longues mèches ondulées descendre dans mon dos et devant mes yeux.
- Voila, tu es prête ! Me dis-je à moi-même.
Je pris ensuite le temps de ranger dans mon journal les trois petites photos, et le glissai dans le tiroir de la table de nuit. Après une dernière inspection rapide dans le miroir, je sortis de la chambre pour retrouver Marcus et Démétri, je les trouvai rapidement, installés dans les canapés du salon devant la baie vitrée. Le soleil ne tarderait pas à se lever, jouaient-ils avec le feu ? Démétri tourna la tête dans ma direction dès qu’il eut repéré ma présence, alors que Marcus garda son regard perdu dans le vide.
- Joins-toi à nous, le jour va se lever et une fois n’est pas coutume, la journée sera ensoleillée. Me dit Marcus.
- Vous n’avez pas peur de ne pas être assez rapide pour vous mettre à l’abri des rayons du soleil ?
Ils éclatèrent de rire à l’unisson, a priori je venais de dire une énorme bêtise.
- Quoi ? Pourquoi vous moquez-vous ?
Retrouvant son sérieux, Démétri s’empressa de me répondre.
- Tes connaissances sur les vampires sont tellement légendaires que c’en est risible ! Excuse-moi, tu n’y es pour rien, Jane et Alec sont vraiment de piètres instructeurs comparés à leurs talents de bourreaux… Viens t’asseoir, je te jure que tu ne partiras pas en fumée !
A peine rassurée je m’installai entre les deux hommes, fixant à mon tour l’horizon et les lueurs rosées que prenait le ciel à mesure que l’astre de lumière se levait. La peur me tordait le ventre, mais je faisais confiance à Démétri, il était mon instructeur à présent, il n’échapperait pas à son pseudo rôle de créateur.
- Détends-toi Nelly, où tu vas être couverte de plumes.
Sans m’en rendre compte, j’avais saisi un coussin et le serrais fort contre ma poitrine.
Un instant plus tard, un rayon s’élança au-dessus des vagues pour terminer sa course sur mon visage. Je fermai les yeux, cherchant à éviter la brûlure que ce contact était censé produire sur ma peau, mais rien, je ne percevais aucune douleur. Lentement, je rouvris les paupières et fus éblouie par le spectacle qui se tenait sous mes yeux. C’était comme si des milliers de minuscules diamants se dissimulaient dans les pores de mon épiderme et faisaient scintiller ma peau telle la neige au soleil.
- Ma peau ! Qu’est ce qu’il se passe ?
- Première leçon ! Au soleil, nous ne nous tombons pas en cendres, mais nous brillons comme les étoiles dans la nuit noire. Mais n’y vois là aucun soulagement, il te faudra constamment faire attention, en permanence, les yeux des humains voient toujours ce qu’ils ne devraient pas.
Je n’écoutai qu’à moitié, fascinée par cette découverte. Démétri et Marcus, eux aussi étincelaient, mais mon créateur, luisait d’une aura plus argentée que moi ou mon voisin, sans doute dû à son âge. Même si je ne connaissais pas son histoire, le fait que Marcus fasse parti des frères fondateurs en disait long sur sa date de naissance. Un jour, peut être aurais-je le courage de lui demander de me raconter ce qu’avait été sa vie.
- Nelly ?
- Oui.
- Tu as écouté ce que je viens de te dire ?
- Oui ! Je dois faire attention à ne pas faire la luciole en plein jour devant les humains. C’est promis, je serai prudente. De plus, je n’ai encore jamais pu supporter la présence d’une personne sans la vider de son sang, alors ce n’est pas encore demain que j’irais me frotter à la population locale… Dis-je pleine de regrets.
- Tu apprendras à résister, ce ne sera pas facile, mais tu y arriveras j’en suis certain !
Cette fois, c’était la voix de Marcus qui s’élevait dans le salon. Baissant la tête, honteuse, je me rappelai que je n’avais jamais pu résister à l’appel du sang, jamais, toujours poussée à bout par Jane et Alec. Démétri dû lire mes doutes sur mon visage car il se tourna vers moi et posant sa main sur la mienne, il me dit :
- Nous ne sommes plus à Volterra, aujourd’hui tu as une chance de prendre un nouveau départ. Je t’épaulerai comme j’aurais du le faire il y a quatre ans, à toi à présent de nous prouver que nous ne nous sommes pas trompés à ton sujet… Mais j’ai la certitude que tu deviendras un vampire exceptionnel.
- Mais je…
- Des blessures que tu as subies, tu en tireras de la force et de l’impertinence, qui te permettront d’avancer. Ta puissance naîtra de là, j’en suis certain. Et un jour, lorsque tu te sentiras prête, tu auras ta vengeance sur les jumeaux.
Je relevai la tête et fixai les yeux de Démétri, il venait de dire tout haut ce que je pensais tout bas. La vengeance ! Voila ce que je voulais aussi, faire souffrir Jane, Alec et Aro, comme ils m’avaient fait souffrir. Pourtant l’idée de retourner à Volterra ne me plaisait guère…
- Serais-je obligée de retourner à Volterra ?
Ce fut Marcus qui me répondit, de sa voix calme et apaisante.
- Ce sera à toi de choisir… Si tu ne le souhaites pas, je dirais à Aro que je t’ai laissé partir une fois ton éducation faite correctement. Mais tu as dix ans pour y réfléchir, Démétri et moi, ne retournerons pas à Volterra avant ce délai écoulé…
- Dix ans, au lieu de cinquante, je me rappelle à présent. Je suis désolée Marcus… J’ignore pourquoi vous vous éloignez ainsi de vos frères et cela ne me regarde pas, mais je constate que cet endroit est important pour vous et je m’en veux de vous pénaliser de quarante années de tranquillité.
- Ecoute Nelly, ne te préoccupe pas de moi. Range ta gentillesse et vis. Profite de ces années pour apprendre avec Démétri et moi, tu te feras pardonner de tout ce que tu veux plus tard. Me dit-il en souriant.
- J’y mettrais ton mon cœur, ou du moins ce qu’il en reste pour changer et devenir meilleure, je vous le promets !
Me levant brusquement, je tournai le dos au soleil pour faire face aux deux vampires.
- On commence par quoi ?
Ils échangèrent un regard et un sourire, et je pus lire dans leurs yeux comme de la fierté à mon égard.
- Il va falloir attendre la nuit pour sortir de la maison sans prendre le risque de se faire repérer. Les premières maisons ne sont qu’à deux kilomètres, mais nous ne devons pas éveiller les soupçons…
- D’accord, je vais vous laisser en paix et retourner dans ma chambre.
- Je viendrais te chercher à la nuit tombée, mais si tu as besoin de quoi que ce soit, je serais dans la chambre voisine.
Je les saluai et retournai m’installer sur mon lit, ressortant les trois clichés, je me perdis dans leur observation durant de longues heures. Mes triplés étaient si beaux… J’essayai de me remémorer chaque instant que j’avais eu la chance de passer avec eux, et je me promis intérieurement de tout faire pour les protéger, comme je l’avais fait depuis le début.
La lumière diminuait, il ferait bientôt nuit, je guettai à présent le moindre bruit dans la maison, en espérant entendre Démétri frapper à ma porte… Un tel changement d’attitude me surprenait, moi qui encore la veille avais voulu mourir, jamais je n’aurais imaginé que la vue de mes enfants me redonnerait autant de force et de volonté.
Un léger toc toc me tira de mes pensées dans lesquelles j’avais replongée en attendant mon instructeur.
- Nelly, es-tu prête ?
- Oui, je t’attendais !
- Je te propose une ballade sur la plage, les nuages n’ont pas encore envahi le ciel et le clair de lune est superbe à cette saison.
- Ho… D’accord, je te suis ! Dis-je presque déçue qu’il n’y ait rien de plus excitant au programme.
Alors que j’allais me saisir de ma cape, accessoire que je portais en permanence, excepté dans ma chambre, Démétri arrêta mon geste.
- Nous ne sommes pas à Volterra, tu n’auras pas besoin de ça ici.
Je lui souris, heureuse de pouvoir enfin abandonner le dernier vestige de ma vie de torture.
Nous quittâmes la maison, marchant lentement en direction de la plage en suivant un sentier bordé de petits murets en pierres, comme il était possible d’en voir dans toute l’Irlande. De vastes prairies s’étendaient à perte de vue, parsemées par endroits de broussailles épineux où broutaient de paisibles troupeaux de montons. L’environnement était vallonné et nous pûmes facilement accéder au sable fin de la plage. Démétri avait raison, le clair de lune était magnifique. L’astre brillait d’une lumière argentée glaciale, éclairant parfaitement les vagues qui s’échouaient sur la rive. Nous n’avions pas prononcé un seul mot depuis notre départ, mais le silence ne se voulait pas pesant, chacun profitant de ce spectacle. J’admirai toutes les choses qui passaient devant mes yeux et ouvris mes oreilles à tous les sons de la nuit. Trop longtemps isolée de la nature, j’avais l’impression de renaître…
- On fait la course ? Me proposa Démétri.
- C’est donc ça mon entrainement, prendre du souffle en faisant du jogging ?
Comme le matin même, il explosa de rire, et sans me laisser le temps de réfléchir, il me chargea sur son dos et se mit à courir à une vitesse folle. Mes cheveux volaient aux vents et l’air sifflait à mes oreilles me ramenant presque cinq ans en arrière, mais où ? Mes souvenirs d’humaine s’étaient évaporés, pourtant je sentais qu’il ne manquait pas grand-chose pour que celui là revienne.
- Wouuuuuuuu, plus vite !!!!!!!!!!!! Osai-je lui demander.
Démétri rit de plus belle et accéléra, déclenchant dans mon cerveau une étincelle… Alice… Je me rappelai à présent, cette sensation de vitesse je l’avais déjà ressenti quand mon amie m’avait sauvé la vie, de Démétri d’ailleurs. Ainsi dont courir était un talent commun à tous les vampires…
- Allez, repose-moi maintenant ! Dis-je à mon tour en riant.
- Tu n’aimes pas ? répondit-il en me déposant sur le sol.
- Si…, mais…
- Mais quoi ?
Sans répondre, je m’élançai à mon tour en lui criant :
- Tu es bien trop lent, on dirait un escargot !
Mes mouvements étaient souples et rapides, la sensation de liberté que je ressentais à cet instant me donna la chair de poule. Plus de prison, plus de bourreau, je pouvais enfin être moi, Nelly. La mer, à ma droite, défilait à une allure incroyable. Grisée par cette rapidité dont j’étais capable, j’accélérais encore, allant même jusqu'à courir dans les vagues pour entendre les clapotis de l’eau contre mes jambes.
- Et c’est moi que tu traites de mollusque ? Tu n’es guère plus rapide que moi…
Plongée dans la découverte de ma nouvelle capacité, j’en avais oublié Démétri. Je tournai la tête dans sa direction, pour le voir se jeter sur moi, nous faisant dégringoler tous le deux dans l’eau salée. Ne pouvant m’en empêcher, je riais du ridicule de la situation alors qu’il se relevait et retournait sur la plage. Je me relevai à mon tour, et avant qu’il n’ait pu rejoindre le rivage, je donnai un coup de pied dans les vagues, projetant une colonne d’eau en plein sur son dos. En plus d’être rapide, j’étais devenue adroite, un exploit ! Lentement, il se retourna et fixa mon regard, un sourire sadique sur les lèvres…
- Tu n’aurais jamais du faire ça !
Comme il ne bougeait toujours pas, je me mis à courir autour de lui en tapant mes pieds le plus fort que je pouvais pour l’éclabousser un maximum, en riant. Soudain il cria :
- VENGEANCE !!!!
L’heure qui suivit, nous la passâmes à nous asperger, en riant comme des enfants heureux de se retrouver. A cet instant, je me sentis heureuse… Mouillée de la tête aux pieds, je m’agenouillai devant lui, en signe de soumission et m’avouai vaincu, même si mon adversaire se trouvait dans un état identique.
- Sans rancune ? me demanda-t-il.
- Sans rancune, mais j’aurais ma revanche !
- Oui, tu peux toujours espérer ma petite…
Il me tendit alors sa main pour m’aider à me relever, puis se rendant compte que je risquais de le repousser une nouvelle fois, il l’abaissa et détourna la tête, soudain envahie de tristesse. Alors, je me précipitai et avant qu’elle ne s’éloigne trop, je la saisis et sans rien laisser paraître, je lui lançai :
- Merci pour ton aide Démétri.
Ses yeux se fixèrent alors aux miens et je pus y voir des petites étoiles brillantes de plaisir. Après m’avoir aidé à me tirer de l’eau, nous marchâmes cote à cote en direction de la maison, dont nous nous étions bien éloignés en courant comme des fous.
- Avant de rentrer, tu vas devoir te nourrir.
- Ha, déjà ? Je n’ai pas encore tellement soif…
- Oui mais je ne te laisse pas le choix, demain Erwan sera de retour et je ne veux pas prendre le risque que tu l’attaques.
- J’en conclus que cet Erwan est un humain… Qui est-il ?
- C’est un vieil homme à présent, Marcus a confié à sa famille la garde de la maison et du secret de notre existence depuis près d’un millénaire. Ainsi de génération en génération, ils se passent le flambeau.
- Je ne comprends pas pourquoi cette maison à autant d’importance pour Marcus…
- La raison est toute simple, tu ignores l’histoire de ton créateur, mais il ne tardera pas à tout te raconter…
Si je ne m’étais pas retenue, je me serais mise à sautiller de joie, mais je gardais mon sang froid et continuais à marcher calmement.
- Je vais te faire chasser dans ce village, nous sommes encore loin de Culdaff cela évitera d’éveiller des soupçons sur notre présence.
Sans un mot, je le suivis. Démétri m’initia donc à la chasse, m’apprenant à ouvrir mon esprit aux différentes odeurs et à me dissimuler dans les ruelles sombres. Me laissant guider par mon instinct, je me mis à pister la fragrance de violette qui avait réveillé le feu dans ma gorge. Je passai au-delà des autres parfums qui arrivaient à mes narines sans difficultés, traquant l’humain comme une proie. Une minute plus tard, Démétri sur les tallons, j’entrai dans une petite masure et me délectai du sang si délicieux de la jeune fille qui ne s’était rendue compte de rien, mourant dans son sommeil. Mon instructeur me montra ensuite comment dissimuler mon acte et faire croire à un meurtre banal, envoyant les enquêteurs sur une toute autre piste que la notre. Une fois notre forfait accomplit, nous repartîmes sur la plage que nous longeâmes jusqu'à notre maison.
- Je suis vraiment étonné que tu ais réussi à chasser une seule personne, j’imaginais que tu te jetterais sur la première venue.
- Son odeur délicieuse dépassait toutes les autres, je ne pouvais pas faire autre chose que de la suivre.
- Jane et Alec t’ont sans doute rendu service en te torturant par la soif, tu as ainsi appris à lui résister ! Il faudra cependant que tu chasses régulièrement, tous les deux ou trois jours pour ne pas te jeter sur Erwan.
- Je le ferais, Marcus serait furieux si je détruisais son gardien, et je ne veux pas le décevoir.
Nous rentrâmes en silence dans la vieille bâtisse, mais tous muscles se tendirent alors que deux parfums humains arrivèrent à mes narines. Aussitôt Démétri me fit face et fixa son regard dans le mien.
- Bloque ta respiration, tu supporteras ainsi plus facilement leur présence. Erwan a dû rentrer plus vite que prévu…
Sans un mot, je lui obéis, consciente du danger que je représentais.
- Tu vas y arriver, j’en suis certain ! Concentre tes pensées sur mon exceptionnelle beauté et tout se passera bien ! Me dit-il en plaisantant.
N’osant ouvrir la bouche pour lui répondre, je me contentai de lui sourire. M’invitant ensuite à le suivre, nous entrâmes dans le salon où nous attendaient Marcus et deux hommes. Le premier paraissait très âgé, courbé sur une canne en bois, il portait un énorme barbe blanche et ses petits yeux se dissimulaient derrière d’épais sourcils. Le deuxième, nettement plus jeune, une vingtaine d’années au maximum, me dévisageait la bouche légèrement entrouverte. Ses cheveux bruns ondulaient jusqu'à ses oreilles et retombaient presque devant ses yeux, laissant juste deviner le gris bleuté de ses pupilles. Sa carrure était impressionnante pour un humain, il paraissait même plus musclé que Démétri, ce qui me fit sourire. Il est vraiment séduisant…
Occupée à les détailler, j’en avais oublié la brûlure dans ma gorge, mais la voix de Marcus me tira de mon observation et me ramena à la réalité.
- Nelly, Démétri, je vous présente Erwan, le gardien de la maison en mon absence et son petit fils Eogan.
Démétri, très à l’aise, s’avança vers les deux hommes et comme si cette présentation était des plus naturelles, et leur serra la main chacun leur tour.
- Ainsi, c’est toi le Démétri dont parle le journal de mon ancêtre. Celui qui a réappris à vivre sur le sol de notre magnifique pays ? Demanda Erwan.
Baissant la tête soudain gêné, Démétri lui répondit :
- Oui c’est bien moi… Gaël et Agata ont été formidables, jamais je ne les oublierai.
- Eux non plus ne t’ont pas oublié, mon aïeul a écrit de nombreuse page à ton sujet, fortes intéressantes d’ailleurs ! Je sais qu’ils ont été très tristes de vous voir partir, toi et Marcus, alors que vous rentriez à Volterra.
- Je me rappelle parfaitement de ce jour là… Aro nous rappelait près de lui, nous n’avions pas d’autre choix que d’obéir. J’aurais dû revenir, mais je n’en ai jamais eu le courage, de peur de ne plus pouvoir repartir.
- Ils ne t’en ont jamais tenu rigueur…
Ainsi dont Démétri aussi avait eu sa période de souffrance… J’en avais appris plus sur sa vie de vampire, en deux minutes, qu’en quatre ans de vie à Volterra. J’aurais aimé en connaître davantage, mais le vieil homme ne me laissa pas le loisir de poser la question.
- Et voilà donc Nelly. Enchanté de faire ta connaissance…
Erwan attendait visiblement une réponse, mais j’étais bien incapable de lui donner, le feu se réveillant dans le fond de ma gorge. Je ne voulais pas prendre le risque d’ouvrir la bouche et faire entrer de l’air contenant leurs odeurs dans mon corps, et risquer de les attaquer. Heureusement, Marcus vient à mon secours et répondit pour moi.
- Nelly est une toute jeune vampire d’a peine quatre ans, elle n’a pas encore l’habitude de résister au sang humain.
Erwan ne silla pas, mais son petit fils eu un mouvement de recul. Non, il ne devait pas avoir peur de moi, je ferais tout pour me contrôler, il fallait absolument que la pression retombe entre nous, il ne devait pas me craindre.
- Je ne vous ferais rien, je vous en fais la promesse.
Le peu d’air que j’avais aspiré en prononçant ces quelques mots réveilla au fond de ma gorge la brulure endormie. Heureusement que Démétri m’avait obligé à me nourrir avant de rentrer, sinon, je ne suis pas certaine que j’aurais eu la force de résister. Pourtant, ma volonté de tiendrais pas longtemps…
- Je m’excuse, mais je dois aller prendre l’air.
Sans attendre de réponse, je me précipitai dehors, fuyant l’odeur plus qu’attirante de ses deux hommes. Le jour se levait mais le ciel était rempli de nuages gris et de grosses gouttes s’en échappaient. Courant jusqu’à un bosquet perdu au milieu d’une prairie, je m’assis sous un arbuste, la pluie dégoulinant le long de mon visage, comme des larmes. Milles questions se bousculaient dans ma tête… Est- ce que Marcus et Démétri avaient pris ma fuite comme une faiblesse ? Voudraient-ils encore m’enseigner leur savoir après ça ? La honte de n’avoir pu résister à l’appel du sang d’Erwan et d’Eogan me dévorait l’esprit. N’existait-il pas une autre solution que de se nourrir du sang des humains ? L’impression que la solution se trouvait dans mes souvenirs m’envahit, je (sondai alors dans mon passé à la recherche d’une étincelle d’espoir, mais rien ne se raviva. Levant la tête vers le ciel, je laissais les gouttes tomber sur mes joues et mes yeux, me donnant vraiment l’impression que je pleurais. J’aurais voulu trouver le sommeil, m’évader quelques instants de tous mes soucis, mais cela m’était impossible… Je me mis à respirer profondément et pensai à Léo, à mes triplés, à Alice et mon corps se détendit enfin. Alice… Mais bien sur ! Mon amie était un vampire elle aussi, et elle ne se nourrissait pas d’humain, mais d’animaux ! Serais-je moi aussi capable d’en faire autant ? Un léger vent déclencha un frisson le long de ma colonne vertébrale, et m’apporta une odeur que je connaissais… Marcus…
Rouvrant les yeux, je le découvris à quelques mètres de moi, à l’abri d’un parapluie.
- Je suis désolée Marcus, je suis tellement faible.
- Quand cesseras-tu d’être aussi négative à ton sujet ? Ce que tu viens de faire, en t’éloignant de la tentation, est loin d’être une attitude de faiblesse, au contraire.
Prenant place à mon coté, il plaça le parapluie au-dessus de nos deux têtes.
- Je peux voir que tu te poses de nombreuses questions, parle-moi, je pourrais peut être t’aider à y répondre.
Je restai silencieuse, quelques instants, cherchant les mots pour lui exprimer ce que je ressentais.
- J’ai tellement peur de vous décevoir, que ne vouliez plus de moi et que vous m’abandonniez, seule, livrée à moi-même dans ce monde étrange. Où pourrais-je bien aller ?
- Je ne ferais jamais ça…
- Même si je décidais de changer complètement ?
- Tu as déjà commencé ta transformation Nelly et je ne t’’ai pas mis dehors.
- C’est vrai, mais pour l’instant j’ai suivi vos instructions à la lettre, ce qui ne me dérange absolument pas, Démétri est un excellent professeur, mais…
- Mais ? Tu peux me faire confiance Nelly, je ne suis pas Aro…
- Je n’en ai jamais douté, vous en êtes même l’opposé !
Marcus sourit un instant avant de reprendre une mine tout aussi fermée.
- Il n’en a pas toujours été ainsi, j’ai moi aussi été un monstre sanguinaire, avide de pouvoir…
- J’ai du mal à vous croire.
- Et pourtant… Mais tu disais quelque chose d’important, dis-moi ce à quoi tu pensais.
Son visage amical m’inspirait une totale confiance, et si je ne pouvais pas me confier à mon créateur avec qui pourrais-je le faire ?
- Je voudrais ne plus tuer d’humains.
- Ho…
- Est-il possible que je puisse me nourrir du sang des animaux ?
Marcus me sourit.
- Je crois que tu as déjà ta réponse Nelly.
Ainsi, il avait parfaitement compris ma supercherie, je baissai la tête honteuse, pourtant il poursuivit.
- Tu as rencontré un Cullen j’imagine pour envisager cette solution. Lequel ? Carlisle ?
- Carlisle ? Non, mais j’ai entendu parler de lui. C’est un vampire formidable si j’ai bien compris ?
- En effet ! Il a vécu avec nous à Volterra pendant plusieurs années, tentant de nous convaincre qu’un autre régime était possible. Mais Aro a toujours refusé d’envisager cette solution, contre nature d’après lui. J’avoue que cette idée ne me plait pas tellement, mais à mon âge, je ne chasse que très peu.
- Mon amie ne m’a pas menti, il est donc possible de vivre en se nourrissant du sang animal ?
- Oui… Mais c’est une voie extrêmement difficile à suivre, mais je ne m’y opposerais pas si tu décides de la suivre.
- Merci Marcus.
- Mais de rien ! C’est à toi seule de décider quel genre de vampire tu veux devenir, je ne peux que t’indiquer les différentes options qui s’offrent à toi.
- Ma décision n’est pas encore prise…. Je vais y réfléchir.
- Nelly !
- Oui ?
- Quel Cullen as-tu rencontré et où ?
- Vous êtes bien curieux ! Lui répondis-je, souriante.
- C’est vrai… Mais si tu acceptes de me raconter l’histoire de ta vie, je te raconterais ce qu’a été la mienne, si tu as du temps devant toi bien entendu…
- L’éternité, je crois. Lui dis-je ravie.
- Parfait, mais rentrons, je suis un si vieux vampire, j’aime mon confort.
Nous nous relevâmes et lentement nous rentrâmes à la maison. J’eu un temps d’arrêt devant la porte d’entrée, mais Marcus me promit qu’Erwan et Eogan étaient partis vaquer à leurs occupations. Leurs odeurs étaient encore présentes dans les pièces, mais je le supportai avec nettement plus de facilité qu’une heure plus tôt. Je m’installai sur le canapé, et mon créateur s’assit à coté de moi.
- Cela te dérangerait si Démétri participait à la restitution de nos vies, il en fait tellement partie…
- Non bien sûr, au contraire, j’en apprendrais aussi plus sur sa vie. Vous êtes de tels mystères pour moi…
Un instant plus tard, Démétri prit place dans un fauteuil et Marcus me fit signe de commencer.
- Bien… Que voulez que je vous dise ?
- Ce que tu acceptes de nous faire partager… Je tiens juste à savoir le nom du Cullen qui t’a ainsi parlé de son régime particulier.
- Sa vie ne sera pas en danger si je vous dévoile son identité ?
- Non, je te le promets, c’est juste de la curiosité…
Démétri semblait surpris, attitude normale puisqu’il avait manqué une bonne partie de la conversation entre Marcus et moi.
- Les Cullen ? Demanda-t-il.
- Oui Démétri, Nelly envisage peut-être d’entamer un régime végétarien, et qui, à part un des Cullen a pu lui mettre cette idée en tête ?
- C’est vrai, mais pourquoi pas, à partir du moment où vous ne m’obligez pas à l’imiter.
Il rit une seconde avant de retourner son attention sur moi.
- Vas-y, nous t’écoutons Nelly.
Prenant une grande inspiration, geste instinctif mais totalement inutile, je me lançai alors dans un résumé de ma vie.
- Je ne me rappelle pas de beaucoup de détails, mais je vais essayer. Je suis née le 18 Décembre 1962, en France, près de Paris. C’est d’ailleurs là que j’ai grandi, élevée par mes parents, puis par mon grand père, quand ils sont morts dans un accident de voiture. Je suis devenue infirmière et je me suis mariée avec Léo…
- Le loup garou ? demanda Marcus.
- Oui, il s’est transformé quand Démétri a commencé à roder autour de chez nous, mais aussi parce que… Parce qu’Alice Cullen est devenue mon amie.
- Ainsi dont, tu as rencontré la dernière arrivée chez les Cullen. Mais comment ?
Devais-je tout leur dire, le don de mon amie ? La vision qu’elle avait eue ?
- Nelly ? Tu peux tout nous dire, nous ne sommes pas tes ennemis, bien au contraire.
- Si je vous raconte tout, promettez de me dévoiler vous aussi les secrets de vos vies et ce dont pourquoi vous avez besoin de moi.
- Je t’en fais la promesse ! Me dit Démétri.
- Marcus ?
- C’est promis Nelly, je te dirais tout.
- Bien… Alice à un don de prémonition et… Et elle a vu que ma fille deviendrait la femme d’Edward, son frère. Mais elle a visualisé aussi les accidents que je subirais si elle ne me venait pas en aide, c’est pour cette raison qu’elle est venue près de moi, pour me protéger… Même de vous ! La suite vous la connaissez, nous sommes partis vivres à la Push, en espérant vous échapper, mais c’était peine perdue, puisque je suis là aujourd’hui.
Les deux vampires semblaient gênés.
- Je suis vraiment désolé Nelly…
- Vous n’y êtes pour rien Marcus, Aro est le seul responsable. Je ne vous en veux absolument pas. Grâce à vous je suis encore vivante aujourd’hui !
- Alice a pris de gros risque en te révélant notre existence, si nous avions été mis au courant de cet écart à la loi, vous seriez sans doute mortes toutes les deux.
- Elle a tout fait pour me le cacher, jusqu'à ce que Léo se transforme et que ma vie soit en danger.
- Je comprends son attitude, elle cherchait seulement à te protéger… Elle doit vraiment beaucoup aimer ce frère pour risquer ainsi le secret de notre existence. Ainsi donc, ta petite Bella deviendra elle aussi un vampire…
- Je l’ignore, Alice n’avait aucune certitude à ce sujet.
- Tu le prends plutôt bien je trouve !
- Ai-je vraiment mon mot à dire à présent ? Je ne suis la mère des triplés que parce que je les ai mis au monde. Je ne suis rien d’autre pour eux. De quel droit pourrais-je-lui interdire de voir Edward ? Et puis s’ils s’aiment vraiment, c’est la seule chose qui compte, non ?
Marcus resta pensif avant de me répondre.
- L’amour… C’est bien le seul sentiment qui nous permette d’avancer. Quand l’amour disparait, que nous reste-t-il ? Que pouvons-nous bien faire après avoir perdu l’être aimé ?
Mon créateur avait tellement raison. Après ma transformation, quand j’avais pensé tout perdre, je n’avais fait que survivre, errant tel un fantôme dans les couloirs du palais de Volterra. Plus aucunes étincelles de vie ne m’animaient, mais, seule la vue de mes enfants m’avait redonné le gout de vivre. L’amour que je leur portais dormait au fond de moi et s’était réveillé à l’instant où je les avais vus.
Démétri qui était resté silencieux pendant toute la durée de mon échange avec Marcus, ouvrit enfin la bouche.
- L’amitié ! C’est à ce sentiment qu’il faut s’amarrer quand l’amour disparait… Marcus, souvenez vous, c’est grâce à l’amitié que nous nous portions et grâce à deus humains formidable, Gaël et Agata, que nous avons trouvé la force de continuer.
- Tu as raison Démétri, j’ai tendance à faire abstraction de cette période de ma vie…
- Et c’est grâce à l’amitié que vous me portez que j’ai retrouvé la force de devenir meilleure. Dis-je.
Sortant de leur torpeur ils me firent tous les deux un magnifique sourire. Etait-ce ce que nous étions devenus, des amis ?
- A présent vous savez tout de ma vie…
- Merci Nelly de nous avoir fait partager une partie de toi. Il est temps à présent que tu saches ce que fut ma vie.
Après avoir fermé les yeux quelques instants, Marcus nous conta son histoire. L’impression de redevenir une petite fille me submergea et j’écoutai chacune de ses paroles avec attention.
« Ma vie a commencé ici, en Irlande, il y a près de 3000 ans. Je ne saurais te dire la date exacte de ma naissance, à l’époque cela avait peu d’importance. Mon prénom celtique était Manus, on peut traduire ça de nos jours par « grand », et je vivais dans un clan qui exploitait les mines de sel de la région. Ma solide carrure me permit d’apprendre l’art de la guerre et je suis devenu un véritable guerrier, n’ayant peur ni de la mort, ni des nombreux ennemis que je combattais. Au décès de mon père, je suis devenu le chef, entrainant mon peuple dans diverses batailles de territoires d’où nous sortîmes à chaque fois victorieux grâce à ma faculté de détecter facilement les relations entre les gens. Malheureusement, je n’ai pas profité de ce statut très longtemps… Une nuit de pleine lune, je me suis rendu, seul, sur la plage pour observer la marée, et c’est la dernière fois que j’ai vu les vagues de mes yeux d’humain. Sur le chemin du retour, j’ai croisé la route de Bridie, c’était une vampire mais je l’ignorais, au premier regard je l’avais pris pour une fée. Elle était tellement belle, que je ne me suis pas méfié et quelques heures plus tard elle m’avait transformée.
J’ai vécu avec Bridie pendant 500 ans, voyageant à travers toute l’Europe, chassant en permanence, tellement nos envies de sang étaient incontrôlables. Mais un jour, je me suis lassé de cette vie et j’ai voulu la quitter pour continuer ma vie, seul. Nous nous sommes disputés, plus fort que d’habitude. Je voulais partir, je ne la supportais plus, elle et ses petites manières de petite fille gâtée. Malheureusement, elle a refusé et nous avons commencé à nous battre. Malgré ma force, je n’avais pas le dessus et sans l’aide d’Aro, qui m’aida à la tuer, je ne serais sans doute pas là à vous parler de ma vie.
J’ai donc décidé de suivre Aro dans sa découverte du monde, et pendant près d’un millénaire, nous avons arpenté les pays de la planète, faisant la connaissance de Caius lors de notre passage en Grèce. A cette époque mes frères étaient déjà avides de pouvoir et moi aussi, nous nous installâmes donc à Volterra, créant ainsi le premier clan de vampire. J’ai transformé mon nom en Marcus, pour faire plus romain et me faisant passer pour un prêtre auprès de la population, j’ai chassé tous les vampires de la cité pour leur faire comprendre qu’ils se trouvaient sur le territoire des Volturi! Le peuple de la ville a cru à cette mascarade, m’accordant même un jour de fête tous les ans, tradition qui est toujours respectée aujourd’hui. Ensemble, nous avons instauré des règles de vie pour les vampires et au fil des années notre clan s’est agrandi jusqu'à devenir ce qu’il est aujourd’hui. »
Marcus m’avait conté son histoire, d’un seul trait, sans émotion, comme si sa vie n’avait plus d’importance. Je ne pouvais ressentir que du respect pour un si vieux vampire, mais je ne comprenais pas pourquoi mon créateur avait tant changé, comparé à ses frères, qui eux, restaient avides de pouvoir. Je me risquais donc à lui poser la question.
- Je m’excuse Marcus, mais je ne comprends pas pourquoi vous avez tellement changé comparé à vos frères. Que s’est-il passé ?
Mon créateur baissa la tête, se renfermant sur lui-même. Cependant, Démétri, qui était resté muet jusque là, intervint.
- Marcus, vous devez lui dire, lui expliquer toute l’histoire.
- C’est trop dur, je n’y arriverais pas… Fais-le-toi ! Dit-il, suppliant. Après tout, elle faisait aussi partie de ta vie.
Ils échangèrent un regard empli de tristesse puis Démétri poursuivit.
- Très bien, je vais lui dire… Tout a changé le jour où Didyme à été tuée !
- Didyme ?
- Oui, elle était la sœur d’Aro. Il l’avait transformé en espérant qu’elle développerait comme lui un don exceptionnel, mais il n’en fut rien à son gout. Didyme pouvait rendre les gens heureux autour d’elle, mais cela ne plaisait pas à Aro, il aurait préféré un pouvoir comme celui de Jane, d’Alec ou comme le mien.
Marcus ne sembla pas pouvoir en supporter davantage car il quitta la pièce, et nous le vîmes prendre la direction de la plage. Une fois qu’il eut disparu de notre vue, Démétri poursuivit.
- Didyme était aussi le grand amour de Marcus et réciproquement. Comme l’autorité des frères sur le monde vampirique ne faisait plus de doutes, ils voulurent s’enfuir tous les deux pour vivre sereinement loin de tous conflits. Pourtant, leur rêve ne put être réalisé, puisque Didyme fut assassinée quelques jours après que Marcus ait annoncé leur projet à tous les Volturi…
- Ho… Mais c’est horrible !
- Didyme était aussi ma créatrice. Elle m’a transformé en 1718 alors que mon père pensait m’avoir tué. Comme Marcus, j’ai été extrêmement touché par sa mort, je perdais la mère, la sœur, l’amie qu’elle avait été pour moi pendant toutes ces années. Marcus a réagi par une profonde dépression et moi par la colère. Nous sommes venus ici, disperser les cendres de la femme qui avait illuminé nos vies et nous avons réappris à vivre, c’est ce dont parlait Erwan tout à l’heure. Il nous fallut près de quarante ans pour nous en remettre et pouvoir retourner à Volterra. J’ai réussi à redevenir moi-même au fil du temps, mais Marcus n’est plus que l’ombre de lui-même…
- Mais qui a fait ça ? Qui est ce monstre ?
- Nous l’ignorons, toutes les pistes que j’ai étudié n’ont mené à rien, mais j’espère que tu pourras développer ton don et nous aider à répondre à cette question…Mais même si tu n’y parviens pas, sache que c’est avec le plus grand plaisir que je continuerais à t’enseigner tout ce que je sais.
- Merci Démétri, je ferais tout mon possible pour vous aider.
- J’en suis certain, tu lui ressembles tellement, j’ai l’impression de revoir Didyme par moment. Toutes les deux, plus préoccupées par le sort des autres que pour le votre.
- Depuis combien de temps n’êtes-vous pas venus ici ?
- Je n’avais pas remis les pieds dans cette maison depuis ces mauvaises années et Marcus n’on plus. Aro nous a donné la permission de nous éloigner de Volterra car cela fera 200 ans que Didyme nous a quitté.
- Et votre exil est raccourci de quarante années par ma faute, j’en suis vraiment désolée.
- Tu n’y es pour rien, Aro est le seul responsable. Il ne supporte pas que nous puissions être hors de porté de son contrôle, tu n’as été qu’un prétexte pour raccourcir cette durée…
Je restai silencieuse, choquée par toute cette histoire. Démétri lui aussi, semblait perdu dans ses pensées.
- Tu vas me trouver parfaitement stupide, mais par moment je regrette de ne pas pouvoir noyer dans l’alcool tous mes mauvais souvenirs. Me dit-il.
Ne pouvant me retenir, éclatai de rire.
- C’est la seule chose qui te manque de ta vie de mortel ?
- En ce moment oui…
La bonne humeur avait remplacé la tristesse et ça déclaration avait aussi réveillé en moi ce souvenir d’insouciance que je pouvais ressentir quand je buvais un peu…
- J’aimerais bien moi aussi pouvoir retrouver cette sensation.
- Malheureusement c’est impossible.
- Hé je ne suis pas aussi certaine que toi.
Il se redressa et me regarda en grimaçant.
- Qu’as-tu dans la tête ? Je refuse de boire une seule goutte d’alcool je te préviens.
- Je ne pensais pas à ça… Aurais-tu le droit de prendre la voiture ?
- Bien sur, pourquoi ?
Démétri ne comprenait toujours pas où je voulais en venir.
- Et bien conduit moi à un de ses fameux pub irlandais et je te dirais ce que j’ai derrière la tête.
- Tu me surprends, je ne vois pas trop ce que tu cherches à faire, mais d’accord !
Après avoir prévenu Marcus de notre petite escapade, nous partîmes tous les deux à la recherche d’un pub. 300 kilomètres plus tard, nous étions stationnés devant un petit bar aux couleurs vertes et rouges, typiquement irlandais. J’entendais la cornemuse qui jouait à l’intérieur, malgré les épaisses vitres de la voiture, qui nous isolaient du monde.
- Alors que faisons-nous maintenant ? Me demanda Démétri
- Nous attendons que deux ivrognes sortent de ce pub et nous nous délecterons de leur sang ! Puisque que l’alcool passe dans les veines, pourquoi n’aurait il pas d’effet sur nous ?
Démétri me regarda, stupéfait pas le plan diabolique que je venais de lui présenter.
- Tu crois vraiment que cela agira sur nous ?
- Aucune idée, mais j’ai bien envie d’essayer…
Il sembla hésiter quelques secondes, mais finit par accepter. Nous patientâmes encore deux heures pour enfin voir sortir deux hommes, se tenant bras dessus, bras dessous pour avancer correctement et ce n’était pas une totale réussite, le trottoir ne semblait pas assez large pour eux. Sans bruits, nous les suivîmes, mais comme ils ne quittaient pas les rues éclairées, je décidai de passer à l’action. Passant devant eux, je marchai en y mettant toute la grâce dont j’étais capable, me déhanchant un maximum. Je m’arrêtai une trentaine de mètre plus loin devant une ruelle sombre et les attendis. Un instant plus tard, alors qu’ils me dévisageaient, je passai la main dans mes cheveux détachés, leur fis un clin d’œil, et m’enfonçai dans la sordide impasse. Comme je l’espérais, ils me suivirent tous les deux en jubilant, sans se rendre compte que Démétri les suivait également.
L’odeur de leur sang était des plus désagréables, très forte et sans arôme attirant comme pouvait l’avoir les autres humains.
- Tu vas vraiment pouvoir boire ça ! Me demanda Démétri presque dégouté.
Pour seule réponse, je sautai sur le premier ivrogne et plantai mes dents au creux de son cou, aspirant ensuite le sang comme j’avais l’habitude de le faire. Une fois mon forfait accomplis, je laissai tomber le corps de l’inconnu et constatai que Démétri tenait le deuxième homme fermement pour l’empêcher de hurler.
- Alors ? Me demanda-t-il impatient.
Pour seule réponse je me mis à pouffer de rire. Comme il me regardait toujours sans comprendre, j’entrepris de lui expliquer se que je ressentis.
- Tuuuuu devrais le moooordre ! C’est géééééééant.
Des petites lueurs de plaisir s’allumèrent dans ses yeux rubis et une seconde plus tard, il avalait le sang de notre deuxième victime. Je ne pouvais plus m’arrêter de rire.
- Pouaaaa comment j’ai pu avaler ça, quelle horreur.
- Ca ne te fait pas d’efffffet à toiiiiiiii ?
- Je ne sais pas…
- Maaaaarche pour voir !
Obéissant à ma demande il entreprit de marcher jusque vers moi. J’explosai littéralement de rire en le voyant tituber et se rattraper à une poubelle pour ne pas s’effondrer.
- Hé, on ne se moque pas l’ingénue !
- Moiiiii, ingénuuuuue, on ne doit pas parrrrler de la même Nellyyyyyyy !
Nous prîmes à peine le temps de dissimuler les deux corps et nous retournâmes vers la voiture pour nous éloigner de la petite ville. Fort heureusement personne ne circulait dans les rues à cette heure-ci, j’aurais eu beaucoup de mal à justifier ma démarche de loony toons à des policiers…
- Alléééééééé, Métriiiiii laisse-moi conduiiiiiir !
- Tu as vu dans quel état tu es, c’est hors de question !
- Et toiiii alors, tu t’es pas vu, je suiiiis obliiigée de te porter, tu tiiiens pas debouuut !
- C’est vrai, mais moins au moins je ne parle pas tout bizarrement.
-Mais mouuuaaa j’avais raiiison, on peut parrrrrfaitement être bourrrééééé.
- C’est vrai…
- Aloooors laisse-mouuuaaa conduire. S’iiiiil te plaît Mééétri !
Je tapai des pieds, telle une enfant faisant un caprice pour une poupée.
- D’accord, mais tu écoutes ce que je dis et tu ne vas pas trop vite.
- Proooomiiiiiis !
Je m’installai alors au volant, après avoir déposé Démétri sur le siège passager. Il n’arrivait vraiment plus à tenir debout.
- Ca te vaaaa vraimennnt pas de boire, Métriiiii.
- Tu peux parler toi !
Même si l’alcool altérait mes capacités, j’étais tout à fait en état de conduire, quatre heures plus tard, nous approchions de la maison.
- Ralentit Nelly !
- Attends, attends tu vas voir !
Donnant un grand coup de frein à main, la voiture dérapa dans les graviers de la cour.
- Erwan va être ravi…
- Ce n’est pas grave je donnerai un coup de râteau demain.
Nous descendîmes de la voiture et pénétrâmes dans la maison. Marcus nous attendait, assis devant la cheminée de la cuisine, les bras croisés, l’air furieux.
- Démétri tu me feras le plaisir de remettre chaque caillou à sa place!