Présentation

Créer un Blog

Lundi 29 juin 2009 1 29 /06 /Juin /2009 22:04

3 février 1987

 

Je retiendrais cette date durant toute ma vie…

 

Le jour où tout a basculé…

 

Je raccrochai vivement le téléphone, un large sourire s’étalant sur mes lèvres. Au fond de moi je le savais déjà, mais je venais d’en avoir la confirmation, j’étais bien enceinte ! Mes analyses de sang étaient positives. Aussitôt, je me précipitai dans la salle de bain et mis en place le stratagème auquel j’avais réfléchi pour annoncer la nouvelle à Léo, mon fiancé. Il devait encore somnoler au chaud sous les couvertures, pourtant, il était déjà dix heures du matin et la lumière du soleil éclairait doucement la pièce en passant au travers des fissures de nos volets en bois. Je sautai alors sur le lit, en faisant bien attention de ne pas écraser ni mon homme, ni la chienne qui avait pris ma place depuis mon réveil.

 

- Léooooooooooo !!!!!

 

- Je ne suis pas sourd Fanely, me dit-il en se cachant la tête sous son oreiller.

 

- Sors de ta tanière loup mal léché, j’ai une grande nouvelle à t’annoncer. Lui-dis-je en tirant le coussin qui se logeait entre nous.

 

- Tu as intérêt que ce soit effectivement vrai, sinon, gare à toi !

 

Je me mis à rire de bon cœur et sans retenue. Des menaces, il essayait d’avoir le regard noir pour m’impressionner, mais ça ne fonctionnait absolument pas. Je le connaissais trop bien pour savoir qu’il ne ferait jamais de mal à une mouche.

 

- Arrêtes de te moquer et dis-moi ce scoop.

 

Pour toute réponse je soulevai mon tee-shirt pour faire apparaitre mon ventre. J’y avais inscris « Bonjour papa ! » avec mon rouge à lèvres. Les lettres étaient un peu tordues mais le message restait tout à fait lisible. Son absence de réaction commença à m’angoisser,  quand tout à coup, ses yeux se mirent à briller et s’embrumèrent. Il avait comprit !  Les larmes coulaient à présent le long de ses joues, se mêlant aux miennes alors qu’il m’enlaçait tendrement.

 

- C’est vraiment une merveilleuse nouvelle ! L’année 87 commence vraiment bien ! Me dit-il après s’être remis de ses émotions.

 

M’allongeant à coté de lui, je laissais mon esprit divaguer alors que je sentais ses bras musclés se refermés autour de ma taille.

 

Notre histoire d’amour durait depuis  quatre ans maintenant et ma grossesse arrivait presque comme un cadeau d’anniversaire de rencontre, ce qui la rendait d’autant plus magique.

 

Nous nous étions rencontrés, Léo et moi, dans l’hôpital où je travaillais depuis la fin de mes études. Je n’étais à l’époque qu’une jeune infirmière et lui un patient infernal. Nous avions dû conclure un pacte tous les deux pour qu’il se tienne tranquille au lit, laissant le temps à la cicatrice de sa jambe de se refermer, en échange de quoi j’avais accepté un rendez vous au restaurant dès sa sortie du service. Ce n’était d’ailleurs pas vraiment une contrainte et j’aurais pu refuser, mais Léo était tellement beau garçon et j’avais eu le coup de foudre, comme ma meilleure amie aimait le dire. Je ne croyais pas du tout à ce genre de mythe, mais je devais bien avouer qu’au premier regard, des papillonnements s’étaient fait sentir dans mon ventre et mon corps était devenu aussi léger qu’une plume ballotée par le vent. Les origines amérindiennes de Léo donnaient à sa peau une couleur mate dorée particulièrement séduisante, accompagnée d’un cuir chevelu brun corbeau coupé court. Ses yeux bleus azur me donnaient l’impression de sonder mon âme à chaque fois qu’il me regardait alors son sourire me rendait folle et que le son de sa voix calme me faisait voyager.

 

Dés notre première sortie, je sentis au plus profond de mon cœur qu’il serait l’homme de ma vie. Je ne parvenais pas à me l’expliquer, mais je le sentais. Depuis ce jour nous ne pûmes plus passer une journée sans nous voir, complètement accro l’un à l’autre… Inséparables, nous nous installâmes ensemble, dans la maison que j’avais héritée suite à la mort de mes parents. Perdue dans la campagne de la banlieue parisienne, les vaches, les prairies et la forêt étaient nos seules voisines, mais cela ne nous dérangeait pas outre mesure. C’était ici que nous allions nous marier et que nous  voulions élever notre enfant, lui apprendre à marcher, à faire du vélo, à grimper aux arbres … Ici que nous souhaitions lui transmettre nos valeurs et notre éthique.

 

Depuis que j’avais raccroché le téléphone, j’étais toute excitée et rester ainsi dans le lit devenait insupportable. Il fallait absolument que je bouge.  Je décidais donc d’aller marcher avec Chips, notre petite chienne. Aller me balader me détendait toujours et me vidait la tête des mauvaises pensées qui pouvait s’y accumuler. Après avoir embrassé Léo, je pris donc la direction de la forêt, empruntant  les chemins de terre pour être sûre de ne croiser aucune voiture et pouvoir laisser Chips courir tranquille. Elle n’était pas d’une obéissance absolue et avait tendance à foncer sur tout ce qui bougeait. Je m’arrêtai quelques minutes pour faire une caresse à Isis et Hélios, nos deux chevaux et continuai ensuite ma route. Le soleil était au rendez-vous de cette matinée hivernale de février et cela me fis du bien de sentir les rayons chauds sur mon visage alors que la température ne devait pas dépasser le six degrés. A chacune de mes expirations, un nuage de buée blanche sortait de ma bouche et je m’amusai à essayer de former un anneau… Malheureusement je n’étais pas très douée pour cet exercice.

 

Chips trottinait à coté de moi, s’arrêtant parfois pour renifler dans l’herbe, me rattrapant ensuite à la vitesse d’une fusée, les oreilles plaquées contre son cou par le vent.

 

Nous arrivâmes, après quelques minutes de marche, à mon endroit préféré et il nous fallut couper en pleine forêt pour y accéder. Je quittai donc le chemin et m’enfonçai entre les arbres, essayant de ne pas me prendre les pieds dans les racines et autres divers obstacles. J’étais vraiment très maladroite et devait faire particulièrement attention pour ne pas m’étaler de tout mon long sur le sol terreux.

 

Enfin la cabane en pierre apparue. La cadole comme l’appelait mon grand père. Perdue au milieu des bois, peu ou personne ne connaissait son existence. C’était mon lieu secret, mon cocon, même Léo n’était pas au courant. Les murs s’effondraient par endroit tandis qu’un arbre poussait à l’intérieur, commençant à soulever les pierres du toit, recouvertes pour la plupart de mousse variant du vert amande au vert bouteille. Seul le banc en bois qui l’avoisinait était resté idem de toute végétation. La lumière tamisée donnait au lieu un air magique et je m’imaginais à Avallon dans une de ces légendes des chevaliers de la table ronde. Quel calme. Je m’assis sur le banc et fermai les yeux, écoutant le sifflement du vent dans les branches et le chant des rares oiseaux. En quelques minutes toute mon agitation retomba. Je me sentais si bien, tellement heureuse.

 

 Chips s’était endormie à mes pieds, je l’entendais ronfler paisiblement. Je restai donc là, les yeux fermés, respirant calmement et n’arrêtant mon esprit sur aucune pensée, tentant simplement de faire le vide en moi.

 

Soudain, elle se mit à grogner.

 

- Qu’est ce qui t’arrives encore ? Qu’as tu vu ?

 

Elle fixait la forêt en face d’elle. Je me levai alors du banc et regardai à mon tour, mais je ne vis absolument rien. Tout semblait normal, comme d’habitude.

 

- Il n’y a rien, tu es vraiment bête quand tu t’y mets !

 

Pourtant, elle continuait de japper et de grogner, je ne l’avais rarement vu aussi anxieuse. Elle tremblait de tous ses membres alors que ses babines se relevaient et dévoilaient ses crocs. Je la savais peureuse mais ce comportement ressemblait plus à de l’énervement, comme si elle voulait me protéger. Mais de quoi ?

 

- Arrête s’il de plait, gros bébé ! Lui dis-je, plus pour me rassurer moi que pour la calmer.

 

Je retournai m’assoir sur le banc quand  soudain Chips s’élança entre les arbres. En la suivant impuissante du regard, je vis alors ce qu’elle pourchassait. Une silhouette humaine qui brillait de mille feux sous les rayons du soleil, comme si des diamants étaient incrustés dans sa peau et se reflétaient à la lumière de l’astre brulant.

 

 Tout ce passa si vite, à peine une seconde. La « chose » se déplaçait à une vitesse inhumaine, à peine le temps de l’apercevoir qu’elle avait déjà disparue. Je me mis donc à courir pour rattraper Chips.

 

- Chips ! Chips reviens ! Au pied !

 

Tant de questions ce bousculaient dans ma tête. Qui était ce ? Ou plutôt quoi ? D’où venait cette chose ? Depuis combien de temps était-elle ici ? Etait-elle dangereuse ?...

 

- Chips ! Arrêtes toi tout de suite !

 

Mais non, cette maudite chienne continuait de courir comme une folle. Bien plus rapide que moi, elle me distança rapidement. J’essayai d’accélérer, mais la végétation devenait de plus en plus dense et ce qui devait arriver arriva. Je me pris le pied dans une racine et m’étalai de tout mon long, ma tête venant cogner contre le sol couvert de feuilles mortes puisque je n’avais pas eu le reflexe d’amortir ma chute avec mes mains. Je tentais aussitôt de me relever mais je voyais des centaines de milliers d’étoiles défiler devant mes yeux… Puis plus rien, j’avais sans doute perdu connaissance…

 

J’ouvris les yeux. Ma tête me faisait souffrir le martyr comme si un joueur de tambour y avait élu domicile. J’étais allongée sur le banc devant la cabane en pierre. Chips dormait à l’ombre à quelques mètres de moi. Tout avait l’air normal.

 

Que c’était-il passé ? Avais-je rêvé ? Mon excitation et mon imagination m’avaient-elles emmenée dans un songe aussi bizarre ? Je ne comprenais plus rien. Jamais je n’avais fait un rêve aussi réel ou vu un réel si imaginaire. Et si cela avait été un rêve, pourquoi mon pantalon était il déchiré à mon genou.

 

Encore toute perdue, je repris doucement le chemin de la maison. Le soleil était bien haut dans le ciel, il devait être bien plus de midi. Pourvu que Léo ne ce soit pas inquiété de ne pas me voir revenir.

Par Chippenden
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires
Retour à l'accueil
Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés