- Allo ?
- Lily, c’est Alice ! Tu vas bien ? Ta voix est bizarre.
- Je viens de me faire mal, ne t’inquiète pas. Lui répondis-je en riant. Tu me connais, je suis malhabile... Et toi comment vas-tu ? Il y avait un petit moment que je n’avais pas eu de tes nouvelles.
- Je vais bien merci ! Désolée de ne pas avoir appelé plus tôt, mais Jasper ne se sentait pas très bien ces derniers jours.
- Ho, rien de grave j’espère ?
- Non tout est revenu dans l’ordre, mais il m’a fait une belle frayeur. Et de ton côté quoi de neuf ?
Je mis quelques secondes à lui répondre
- Lily ?
- Oui je suis là. Léo est partit… Impossible de me retenir plus longtemps je fondis en larmes, réalisant à nouveau que mon amoureux était à plusieurs milliers de kilomètres.
- Comment ça partit ? Il t’a quitté ? Non je n’y crois pas, où est-il ?
Ma réaction avait peut-être été un peu disproportionnée par rapport à la réalité. Voyant que la panique gagnait mon amie, j’essuyais mes larmes et lui expliquait la situation.
- Il est partit aux Etats-Unis. Arrivais-je à articuler. Avec son père, il voulait se retrouver entre hommes. Léo voulait aussi poser des questions à son grand-père concernant un problème dont je ne peux pas être informée pour le moment. Je ne pourrais pas t’en dire plus, je t’ai tout raconté.
- Ne t’inquiète pas, il a sans doute besoin de se retrouver un peu seul avant le mariage.
Alice essayait de me rassurer, la douceur et le ton de sa voix m’apaisait peu à peu. Je ne comprenais plus ce qu’elle me disait simplement envoutée par le son de ses paroles. Mes larmes se tarirent et mes sanglots s’arrêtèrent, mon esprit se rouvrit et je repris conscience à ce que me disait mon amie.
- Tu n’as pas trop peur toute seule ?
- Non ça va, et puis il y a Chips, elle n’est pas très courageuse et ne me protégerait pas du danger mais sa présence me rassure.
- Je peux passer te voir un moment ? Je n’aime pas te savoir isolée comme ça.
- Bien sur, vient ! Puisque les hommes sont entre eux, je ne vois pas ce qui m’empêcherait de passer du temps avec mon amie.
La journée s’illuminait enfin avec l’annonce de la venue d’Alice. Ma morosité avait fait place à de l’excitation, ma tristesse s’était envolée. Je ressemblais à gens qui rit, gens qui pleure aujourd’hui.
- Tu pense être là dans combien de temps ?
- Je préviens Jasper et les autres et j’arrive !
- A tout de suite !
Connaissant la conduite d’Alice, j’estimais la durée de son trajet à une vingtaine de minutes maximum. Je profitais donc de ce laps de temps pour aller voir Isis et Hélios et de leur donner du foin. L’hiver s’était bien installé, la neige ne tarderait pas à tomber vu la couleur gris clair du ciel. Je n’avais pas particulièrement de saison préféré, mais j’appréciais l’hiver, les feux de cheminée, les batailles et les bonhommes de neige, la raclette… Un peu le contraire de Léo qui appréciait la chaleur de l’été, le soleil brillant, la mer et le melon. Cette pensée me fis sourire, c’est vrai que nous étions assez différents, mais l’amour que nous éprouvions l’un pour l’autre était tellement fort qu’il gommait tous ces contrastes. Perdue dans mes pensées, je n’avais pas vu le temps passé. Je repris donc le chemin vers la maison au pas de course, la pluie s’était mise à tomber par petites gouttes. La voiture d’Alice était déjà dans la cour quand j’arrivais et mon amie m’attendait à l’abri sous le balcon.
- Excuse-moi, je me suis attardée plus qu’il ne le fallait.
- Ne t’inquiète pas, je suis là depuis à peine cinq minutes.
- Tu me rassure, je déteste être en retard… Décidément, à chaque fois que l’on se voit la météo est à la pluie.
- C’est vrai, ce n’est vraiment pas de chance.
Sa phrase manquait de conviction, j’aurais pu croire qu’elle choisissait les journées maussades pour venir me voir. Tout en parlant, nous étions rentrées pour ne pas finir trempées comme lors de notre dernière ballade. C’est une fois qu’elle eu enlevé son manteau que je vis sa tenue.
- Waaaa tu va à un défilé de mode ? Tu es magnifique !
- Merci Lily, mais non j’aime simplement être bien habillée, c’est une vrai passion.
En effet, je l’imaginais très bien. Elle portait aujourd’hui une robe manteau chocolat avec des rayures verticales blanches, ni féminine ni masculine. Le large col avait de gros revers laissant apparaitre les deux épaules et un haut blanc nacré. Sa taille fine était marquée par une ceinture dont la boucle brillait grâce aux stras incrustés. Merveilleuse !
- J’adore les vêtements, les chaussures, les accessoires, j’en suis folle ! Continua-elle
- Ha bon ? Je n’avais pas deviné ! Lui-dis-je moqueuse. D’ailleurs Léo adore ce que tu m’as offert l’autre jour. Je vais être obligée d’aller refaire toute ma garde robe.
A peine avais-je fini ma phrase que le visage d’Alice s’illumina, ses yeux s’agrandirent de joie, leur couleur dorée n’en était que plus belle et un sourire malicieux semblait vouloir rejoindre les deux oreilles.
- Tu n’aurais jamais du dire ça ! Dommage, il est trop tard ce soir, tu travailles demain ?
- Heu, non je suis en repos mais…
- Génial !!!! Réserve ta journée, je t’emmène faire du shopping!
- … Je crois que je n‘ais pas vraiment le choix.
- Trop tard en effet, ta carte bleue va chanter !
Nos rires s’élevèrent en même temps dans le salon. Reprenant peu à peu notre sérieux, Alice aborda un point sensible.
- Léo est donc aux Etats-Unis ?
- Oui au nord-ouest, près de la ville de Forks si mes souvenirs sont exacts. Je ne sais pas pour quelle raison, il voulait absolument voir son grand père. Depuis quelques jours il semblait soucieux, il était même aller voir son père et c’est à son retour qu’il m’a annoncé son départ. Je t’avoue que je ne suis pas rassurée.
- Je veux bien te croire ! C’est très étrange quand même, d’après la description que tu m’en a fait, ça ne lui ressemble pas.
- Jamais je ne l’avais vu comme ça… Je suis contente, Paco fait aussi le voyage, il connaît bien la région, il y a grandit, rien ne devrait leur arriver.
- Il n’y a pas de raison. Essaie de te détendre.
- J’essai je t’assure…
- Je suis certaine que tout ira bien et qu’il sera bientôt de retour !
- Je l’espère Alice !
Nous passâmes le reste de la soirée à bavarder devant la télévision, enchainant les films à l’eau de rose. Mon pot de crème glacée n’y survit pas, Alice n’en avait pas voulu. Comment pouvait-elle résister au parfum chocolat caramel ?
Vers une heure du matin, j’ai reçu un appel de Léo. Il se doutait que je ne dormirais pas tant que je n’aurais pas eu de ses nouvelles. Il avait raison. Arrivés à New-York, leur première étape, ils attendaient leur correspondance pour Seattle. Ainsi rassurée, je raccrochais et les laissaient poursuivre leurs voyage. Alice partit ensuite, comme si elle attendait ce coup de téléphone pour me laisser.
- Bonne nuit Lily ! Je passe te chercher demain vers neuf heure, ça te vas ?
- Pas de soucis, je serais prête !
- Bonne nuit alors ! Bye bye !
- Merci ! Dors bien.
La sonnerie du téléphone me réveilla. Les yeux encore embués par le sommeil, je me mis debout. Le chemin jusqu’au salon me paru interminable, enfin j’y étais.
- Allo Léo ?
- Oui mon cœur c’est bien moi. Désolé je te réveil.
- Ce n’est pas grave. Je suis tellement contente de t’entendre, vous êtes arrivés ?
- Presque. Il nous reste une heure de voiture et nous serons à la Push.
- La Push ? Qu’est-ce que c’est ?
- C’est le nom de la plage de la réserve où vit mon grand père.
- D’accord, c’est très joli comme nom, j’aime beaucoup.
- Je te laisse, le taxi nous attend. Je te rappel le plus vite possible. J’espère trouver des réponses que je cherche au plus vite pour venir te retrouver.
- Je le souhaite aussi ! Tu me manque Léo.
- Tu me manque aussi, je t’aime !
- Je t’aime.
Je raccrochais, soulagée de savoir qu’ils étaient arrivés et retournais me coucher.
Sept heures, si Alice arrivait à neuf heures, je devais commencer à me préparer. Quand elle arriva j’étais prête et sans attendre nous partîmes. Alice avait prévu de passer la journée sur Paris et une fois de plus le soleil ne voulait pas nous honorer de sa présence. Les nuages s’étendaient à perte de vue. Alice était d’une humeur merveilleuse, je ne l’avais jamais vu aussi réjouie. L’idée de faire les magasins toute la journée ne semblait pas l’effrayé, de mon coté j’étais plus réservée. Petit à petit l’euphorie d’Alice se mit à déteindre sur moi. Sous sa direction, nous visitâmes toutes les boutiques de prêt à porter que l’on pouvait trouver sur les champs Elysées. J’avais l’impression d’être une poupée dans les mains expertes de mon amie, essayant tous les vêtements qu’elle me tendait. Je pris vite gout à se petit jeu, ce qui nous valu quelques fous rires devant les vendeuses exaspérées. Après une pause déjeuné où je fus la seule à avaler quelque chose, nous repartîmes dans notre folle expédition. Alice m’avais affirmé avoir trop mangé le matin. Je ne l’avais jamais vu boire ou manger quoi que ce soit, cela éveillait ma curiosité, mais je me gardais bien d’en parler, je n’avais aucune hypothèse plausible. A la fin de la journée, mes mains étaient à peine assez grandes pour tenir tous les sacs qui contenaient mes achats. Je me demandais comment faisait Alice, elle avait trois fois plus d’habits que moi. L’habitude, voilà ce qu’elle possédait en plus.
A ma garde robe, allaient s’ajouter pantalons, robes, bustiers, chemisiers et lingerie en divers étoffes dont je ne me souvenais pas le nom mais qui étaient vraiment confortable et sexy. Grâce à Alice, j’avais pris confiance en moi et commençais à apprécier l’image que me renvoyaient les miroirs. Lorsque Léo rentrerait de son escapade, je lui ferais la surprise, le trou sur notre compte en banque aussi. Cette idée me fis rire, j’imaginais déjà la tête de mon futur mari et la manière dont je l’amadouerais. Je devenais manipulatrice…
Alice me déposa à la maison mais ne s’attarda pas, elle reviendrait le lendemain après midi après la fin de mon service à l’hôpital. Il était déjà tard, cette expédition m’avait épuisée. J’étais en train de ranger mes acquisitions dans la penderie quand Léo appela. Avec son père, ils étaient bien installés à la Push, j’entendais le bruit des vagues par le haut parleur, Léo me décrivit ce qu’il voyait depuis la maison de son grand père située à quelques mètre de la plage. Je fermais les yeux, imaginant le lieu, bercée par la voix de l’homme que j’aimais. J’aurais préféré qu’il me parle du problème pour lequel il était là bas, mais je ne voulais pas gâcher le peu de temps où nous pouvions nous parler par une dispute. Il aborda le sujet rapidement, me promettant de parler à son ancêtre dans la journée et aussi aux autres indiens de la réserve. Rassurée je raccrochais et passais une très bonne nuit.
Les cinq jours suivant défilèrent rapidement, entre le travail, les visites d’Alice et de ma future belle mère, mes journées étaient bien occupées. Cela ne me dérangeais aucunement, je ne ruminais ainsi pas les raisons du voyage de Léo à la Push. Aucunes explications ne m’avaient étés données, il préférait m’en parler en face plutôt que par téléphone. C’est donc impatiemment que j’attendais son retour qu’il m’avait annoncé pour la fin d’après midi. Ayant eu la majorité des réponses qu’il cherchait, il s’était décidé à rentrer. Une partie de ce qui lui manquait devrait être trouvé par lui seul d’après son grand père. J’avais hâte de le revoir, il me manquait énormément, mais également pour découvrir ce qu’il me cachait depuis une quinzaine de jour.
Comme je m’y attendais, la neige avait commencé à tomber, un manteau blanc recouvrait la terre gelée, le spectacle était magnifique, féérique. Les sapins dans la cour scintillaient sous le léger soleil de ce début février. Elise arriva après le repas de midi, nous avions convenues de nous rendre à l’aéroport toute les deux pour retrouver Paco et Léo. Son mari lui manquait également, pas autant que Léo me manquait, mais je voyais dans ces yeux un pétillement joyeux au fur et à mesure que l’heure des retrouvailles se rapprochait. Je savais que Léo lui avait parlé de son problème et j’essai d’en savoir un peu plus.
- Elise, vous savez pourquoi Léo à eu besoin d’aller voir son grand père ?
- Je le sais oui. Me répondit-elle un peu gênée. Mais ce n’est pas à moi de t’en parler. J’en suis désolée, je vois bien que ça t’inquiète, mais c’est à Léo de le faire.
- Inquiète est un mot faible pour exprimer ce que je ressens. J’ai si peur qu’il doute, qu’il ne veuille plus s’engager avec moi. Je l’aime tellement, s’il me quittait, je ne sais pas si j’arriverais à trouver la force de continuer ma vie.
- Fanely ! Elle avait presque crié. Tu n’imagine pas que Léo puisse te quitter ? Je peux te rassurer sur ce point ! Il t’aime, tu ne dois pas en douter. Jamais !
Une fois de plus je ne pu retenir mes larmes, l’émotion qui me submergeait était trop forte. Ma grossesse me rendait particulièrement sensible. Elise me prit dans ses bras pour me consoler, comme une amie, comme une sœur, comme une mère. Je m’y laissais bercée ayant grand besoin de réconfort ainsi assaillie de doutes.
- Le problème que rencontre Léo en ce moment ne concerne en aucun cas les sentiments qu’il a pour toi, ni votre relation. Il subit des changements mais rien ne pourra l’empêcher de rester près de toi ! Rassure-toi petite !
- Merci. Arrivais-je à articuler entre deux sanglots.
- Respire, ça va aller.
- Je vais aller prendre l’air avant d’aller à l’aéroport.
- Oui vas-y, il te reste encore une heure.
- A toute à l’heure.
Je sortis de la maison, un vent frais sécha les dernières larmes que mes yeux n’arrivaient pas à calmer. J’avais le temps d’aller à la cabane si je ne traînais pas, je n’y étais pas retournée depuis ma rencontre avec Alice, la revoir calmerais peut-être mes angoisses. La neige tombait par gros flocons, certains atterrissaient sur mes joues et fondaient instantanément. J’arrivais à la cabane de pierre, la neige rendait le lieu encore plus magique que d’accoutumé, je fus cependant surprise de découvrir des traces de pas dans la poudreuse. Décidément, mon secret n’en était pas vraiment un… Quelqu’un était venu peu de temps avant moi, peu-être était il encore là. J’approchais donc curieuse de connaître la personne qui connaissait aussi cet endroit. C’est donc à peine surprise que je le découvrit devant l’entrée de la petite bâtisse. Je du m’approcher assez près pour distinguer un homme, sous la capuche de la longue cape grise qu’il portait et qui lui recouvrait presque entièrement le visage. Il me fit penser à un elfe, perdu ainsi au milieu des bois, en symbiose avec la nature. Je restais cependant sur mes gardes sachant bien que ces créatures mystiques n’existaient que dans mes rêves.
Par politesse j’engageais la conversation :
- Bonjour, beau temps pour une ballade !
- Bonjour Fanely, en effet la météo est optimale. Me dit-il en se retournant pour me faire face.
- Co… Comment connaissez-vous mon nom ? Il ne me semble pas vous connaître.
Je sondais ma mémoire à la recherche d’une quelconque trace de ce visage. Sous cette capuche je ne distinguais rien qui puisse me donner un indice pour m’aider.
Très sur de lui, il poursuivit :
- Non tu ne me connais pas, mais moi si ! Alors qu’il finissait sa phrase, il laissa tomber la capuche qui lui masquait le visage. Ce qui me frappa tout de suite fut son teint blanc tirant sur le vert olivâtre avec ses cheveux, rasés courts, brun corbeau, qui lui donnaient un air mauvais. Les traits de son visage étaient fins et sans défaut, il me rappelait un peu Alice, presque la perfection.
- Je m’appelle Démétri, enchanté de te connaitre.
- … Je restais sans voix.
- Mes supérieurs m’ont envoyé vers toi car ils sont très intéressés par tes compétences.
Sa voix aussi était parfaite et lui correspondait totalement, harmonieuse, chantante. Séduite, comme hypnotisée, mon inconscient me mettait en garde mais je ne l’écoutais pas, captivée par cet homme.
- Mes compétences ? Je ne suis qu’une infirmière banale. J’ai déjà un travail qui me plaît, vos patrons ne devraient pas avoir beaucoup de mal à trouver une personne toute aussi qualifiée… Mais… pourquoi ne m’ont-ils pas contacté directement par téléphone, et comment connaissez-vous cet endroit ?
La panique commençait à me gagner.
- Je savais que tu viendrais ici, je t’ai observé depuis quelques temps… Ce n’est pas d’une infirmière dont ils ont besoin, ce qu’ils recherchent est un talent plus personnel, que tu es la seule à posséder.
Tandis qu’il parlait, il s’approchait lentement de moi. Ma tête me disait de me sauver mais mes jambes refusaient d’obéir. Un détail dont je ne m’étais pas aperçu me frappa, renforça mon malaise, ces yeux ! Les pupilles étaient rouges rubis, rien de naturel. J’essayai de toutes mes forces de me sortir de cette situation.
- Je n’ai aucun talent, si ce n’est ma maladresse.
- Ho, si tu en as un ! Je dirais même un don, tu n’en es pas encore consciente mais il est en toi !
Mes yeux dans les siens, j’étais totalement sous son emprise, son visage touchait presque le mien. Dans un mouvement lent, il pivota la tête, sa bouche se retrouvant au niveau de ma gorge. Dans un dernier effort de volonté, je reculais d’un pas.
- N’essai pas de résister, c’est inutile. Tu es seule ici avec moi loin de tout.
- Mais… Qui êtes vous ?
Il plia les jambes, prêt à bondir sur moi, un ronronnement de plaisir sembla sortir de sa bouche. Je fermais les yeux, anticipant la venue du choc, mais rien ne vint...